"L'humain cherche à exprimer ce qu'il est, au fond.
Il veut prendre forme, s'épanouir dans ce monde."

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Accompagnements

Le Vaud, le 17 novembre 2020


Accompagnements bioludiques, où l'information sérieuse côtoie les joies de l'écriture, de la musique et de la comédie...


C'est une joie d'avoir repris les accompagnements de proximité, tant le recours à la visioconférence me paraît un pis-aller, surtout lorsque la rencontre implique une activité physique, corporelle, dépassant les simples mouvements du visage (à l'écran) et des doigts (sur le clavier).


Il y a eu, voici quelque temps, le pique-nique avec celle que je surnommerai ici la Folle des indépendants. Qui s'est démenée - et se démène encore - en faveur des "petits", des "unicellulaires", ainsi que je les appelle. Il y a un double mouvement. Celui, intérieur, de générer des liens, d'établir des ponts entre indépendants. Et celui, extérieur et tout aussi important, de faire entendre leur voix auprès de "qui de droit". Pierre, Guy et consorts. Voilà qui me fait penser à la chanson "Les oubliés" de Gauvain Sers.


Tout récemment, ce fut une nouvelle rencontre avec ma bonne Fée Alvéole, qui toutefois se voit contrainte de cacher son minois derrière un bout de tissu filtrant. Sur sa table magique, les muscles de ma cage thoracique, ceux de mes épaules, de mon cou, de mes mâchoires, se détendent. Le son trouve même sa place entre les molaires, en s'appuyant sur un souffle retrouvé. Les poumons gauche (celui qui joue la défensive) et droit (celui qui joue l'offensive) trouvent progressivement un équilibre. Et la voix se centre, au milieu d'une cavité qui prend son espace (il y a encore de la marge, sans doute). A suivre tout bientôt.


L'on peut se croire désorganisé, si l'on se cantonne à intégrer "bêtement" les remarques de sa hiérarchie. Mais si l'on est lucide - comme ce jeune Ami des enfants, on se rend compte qu'au fond, l'on n'avait pas l'attitude adéquate face à son métier. Rien de pire, pour générer des tensions intérieures, que d'avoir un comportement en décalage avec la réalité, les choses telles qu'elles sont. "Les faits sont têtus", disait Lénine. Inutile, donc, de faire comme si les imprévus - en vérité multiples - n'allaient pas se produire, venir mettre sens dessus dessous la précieuse to-do-list. Se regarder, honnêtement, dans le miroir; et proposer aux autres de faire de même.


Il est parfois des accompagnements involontaires. Sous la simple forme d'une phrase, qui nous est renvoyée par e-mail, en guise de miroir. Ainsi celle reçue du Scénariste qui s'ignore, oublieux que les mots, lorsqu'on les décoche à bon escient, ont le pouvoir du coup de fouet: "Chacun à sa place, dans la joie et la bonne humeur!" Ecrire, c'est aussi agir. Quoique la baffe de vive voix, ce n'est pas mal non plus. Me voici de retour dans mon obusier blindé, conscient de mes véritables cibles. Et de la nécessité de les affronter seul.


Si je me limitais à une blague de circonstance, je dirais que le Confiné a offert un beau cadeau au Confini. Par ces deux surnoms toutefois, je m'écarterais de la vérité. Je baptiserai donc le premier: Notre-Homme de Paris. En référence au lieu géographique, certes. Mais aussi à ce qui nous rassemble, lui et moi (Quasimodo?): la comédie musicale. Une forme d'expression qui recourt tant à la voix chantée qu'à la voix parlée. Deux "sorties" provenant d'un même canal, d'une même source. J'évoquais avec lui mon goût, en français, de l'accent méridional. Peut-être issu de mon origine (pour partie) occitane. Et certainement, de la musicalité de la langue, du comique de son utilisation dans un rôle sérieux. Tel Fernandel (quelle gueule!), dans Don Camillo.


Le chef d'orchestre des Beatles est aussi chanteur. Je dois avoir un attrait viscéral pour ceux qui, comme lui, ont cette faculté de s'exprimer de manière entière. Brute de décoffrage, diront certains. Mais cela a le mérite de l'honnêteté, de la vérité, par opposition au "politiquement correct". Je l'encourage, ces temps-ci, à poursuivre son chemin sur le terrain de l'expression écrite. Son grand mérite, c'est d'y faire apparaître, de façon limpide, le message, ce qui doit être saisi, compris par les destinataires. Foin de fioritures inutiles. Et contrairement à certains qui font un mauvais usage du copier/coller, lui sait fort pertinemment y recourir.


Tantôt je vous accompagne, tantôt vous m'accompagnez... Tantôt, nous nous accompagnons mutuellement. Le plus beau, c'est quand nous ne savons plus qui est l'acteur et qui est le spectateur. Qui donne, qui reçoit? Je donne ma langue au chat.


A quoi bon s'accompagner les uns les autres si ce n'est pas pour s'offrir  un miroir l'un-e à l'autre? Si ce n'est pas pour que grâce à moi, vous découvriez la belle en vous? Et grâce à vous, je démasque la bête en moi?


Rencontre, fort instructive - de part et d'autre, je crois! - avec Stewart Collins. Pour mémoire (je m'adresse à notre public), nous pratiquons une forme d'échange amical: lui m'enseigne les fondamentaux d'une approche de renforcement musculaire, moi les bases de cet ensemble de percussions que l'on dénomme "batterie". Ce qui est passionnant, c'est le point de rencontre, l'intersection entre nos deux cercles d'activité. Ainsi nous sommes-nous centrés sur la respiration: elle est au coeur du mouvement, quel qu'il soit. Elle en assure la fluidité, la coordination de l'ensemble du corps. Qu'il s'agisse de jouer avec des accessoires sportifs ou avec des baguettes, des pédales, sur une Ludwig Breakbeats, le centre, le point de départ est le même. Je me réjouis de notre prochain rendez-vous. En chair et en os.


Moment magique, voici quelque temps, avec Chan-Teuz. Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas moi qui l'ai accompagnée... c'est elle qui l'a fait. Equipée de sa Little Martin Ed Sheeran, elle a revu (voire appris) les accords utiles aux trois chansons de Georges Brassens que j'avais envie de chanter: "La mauvaise réputation, "Chanson pour l'Auvergnat" et "Le gorille". La, mi, sol, do, ré... Majeur, mineur, à trois sons, à quatre sons... Avec une rapidité qui m'a sincèrement surpris, Chan-Teuz a intégré la structure des chansons et a enchaîné les accords avec une certaine aisance. Grâce à son talent personnel, certainement; et à la taille réduite de sa guitare, adaptée à celle de ses mains. Comme quoi avec de petits doigts, on peut faire de grandes choses!


Flash-back, il y a quelques mois. Echange par téléphone avec Godfather, sur ses projets d'avenir (au nombre de trois) et les "ponts" entre ceux-ci et sa situation professionnelle présente. "Jouer un rôle central": tels furent les mots qu'il prononça et me marquèrent le plus. Non seulement ils entraient en résonance avec deux de ses "moteurs de fond": s'amuser, prendre du plaisir; et exercer son pouvoir, influencer. Mais ils trouvaient aussi un écho avec sa faculté naturelle à mettre en contact, les uns avec les autres, les membres de son réseau. Une récente visioconférence me l'a confirmé: Godfather est doué d'un véritable magnétisme. Un charisme christique. Une capacité de séduire, d'attirer, d'emmener les autres dans le sillage de sa vision. La vraie question est, maintenant: au service de quoi veut-il, réellement, se mettre? Quelle est son envie, profonde, viscérale? Peut-être que, tout compte fait, la santé, ce n'est pas un luxe.


Jérôme Boujol

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